Anne est en colère.
Ça fait des heures, des jours qu'elle est exécrable comme ça ! Elle crie partout, hurle après moi et tout le reste, grogne et ronchonne pour des détails, elle regarde mal et méprise tout(s) ce(ux) qui l'entoure(nt) ! Elle ne prend plus soin d'elle, déjà que ce n'était pas son fort ... Je crois qu'elle devient aussi folle que moi !! Alors que je m'étais assoupie, elle se sent sûrement obligée de compenser ... Elle me frustre et m'effraie à la fois, me lasse et me fais peur, j'ai réussi à lui échapper car elle ne me souffrais plus ! Elle me laisse gambader pour ne plus avoir à être aussi énervée , mais je ne veux pas être sa solution ... je sais d'ailleurs que je n'ai pas à le faire ! Pour une fois que c'est moi qui me soucie du devoir et de ce qui doit être fait !
Je crois qu'elle se lasse de l'espace mental, elle revient.
- Charlotte, Charlotte !! Impotente que tu es! Tu voudrais me laisser à mes frustrations toute seule parce que ça ne concerne que moi ces choses là ?? Mais qui était là pour te réguler quand tu tergiversais trop et toute seule, moi je devais adoucir tes passions et toi fuir mes colères ? tu n'es qu'une lâche, une petite chose, frêle, fragile, capricieuse, orgueilleuse sans motif valable, tu es le côté humain de notre Maîtresse !!
Épargne moi cette moue d'enfant gâtée, tu le sais, mais oui je t'aime, je t'adore ma mignonne, comment ne pas tomber d'émoi face à cette petite bouille de mulot.
Bien sûr que tu es nécessaire, à moi tu m'es nécessaire, et à Elle surtout... Mais là tu ne joues plus ton rôle ! Tu me fatigues inutilement, ne me ramène rien à ronger, rien à régler, tu me démotives, perfide et paresseuse !!
Non non ne pleures pas... c'est mon devoir de t'empêcher de pleurer... toi tu dois vivre ton romantisme et ta fantaisie ... vis la joie, vis ces choses que je ne conçois que dans la droiture et la rigueur comme cousines du sentiment d'efficacité et d'utilité ... Sois futile, vive et superficielle... Moi je m'anime par d'autres forces, mon ordre est dérangé, j'ai trop à faire... et tu as pris trop de place Charlotte ...
- Ne m'imputes pas la faute de m'être développée à tes dépens !! tu es la dirigeante, tu peux me mater quand tu veux et comme tu le fais, et même mon développement à moi t'as renforcée !! Et à la façon dont tu prends les rênes, ton avantage parait soudain mais n'en est que plus profond, Il ne fait que sortir au grand jour et se frotter au vent et à la pluie ... Je n'ai jamais été la patronne ... c'était les choses et les autres qui me ...guidaient ...moi je n'étais que la secondaire, l'exécutante des aspirations que tout cela me procurait, et certes ma passion m'enflamme et m'entraîne toujours plus loin ... Mais celle qui provoque réellement .. c'est toi ... si tu sais me "réguler" comme tu t'en vantes, c'est bien parce que tu es l'Influence même !!! Tu es plus forte encore que mon simple aspect de caractère humain, tu es la Décideuse. Tu as la force des objets ou l'effet des autres ... Ta colère vient elle de cette découverte ? De ton incapacité à savoir en extirper les atouts ?
- Je suis bien plus capable que toi ! Ne me loues pas pour me démonter par de vaines insinuations ! Ha comme tu m'irrites, je sais encore mieux que toi d'où viennent mes atouts et mes faiblesses, je sais mieux que toi que mes faiblesses ne me sont jamais propres, que mes défauts viendront toujours d'ailleurs, de ces choses, de ces autres comme tu dis ... Que je souffres encore plus que toi ! Toujours à me rabaisser, à ne jamais me croire, nier ma raison, ma logique et mon évidence, me démonter d'injustices puériles, ne pas se plier au simple respect des choses et des lois pour s'en plaindre par la suite ...
Je hais ces médiocres et les maudis dans leur tourmente, je hais leur personnalité trop faible pour s'en sortir alors qu'ils possèdent les cartes, les clés, les portes, et les lampes torches du donjon de leur vie.
Je suis restée stoïque, patiente, et même victime, mais Charlotte ton récent affaissement, le calme que tu as enfin atteint après tous mes efforts, va maintenant me porter plus loin.
Je suis en colère, mais plus contre le monde entier que contre toi même,très chère.
J'ai toutes mes idées en place mais ne puis que les garder pour moi ... Si je me fâches contre toi, c'est peut-être pour que tu m'accordes un peu de ta conscience, que tu me rassures de tes mots innocents et me réaffirmes Mère et Dominante...
J'allais enchainer sur mes plus douces cajoleries, celles qui ne touchent qu'elle et de la meilleure façon, car je la sais aussi maladroite pour ce genre de choses que moi pour me canaliser dans le droit chemin, quand Elle nous pria :
- Allons allons mes petites, mes toutes petites, mes enfantines, on se querelle, on est avide du venin de l'autre ? Comme vous êtes mignonnes, comme vous êtes Complètes ensemble. Le vrai débat n'est pas la raison de la colère de notre petite Anne, mais comment l'apaiser en ayant conscience de sa nécessité. Vous l'avez dit vous même, vous vous aimez et vous cajolez, l'habitude voulait que ce soit Charlotte la turbulente, que les conflits viennent d'elle, mais chaque relation évolue, et Anne maîtrisant maintenant cet aspect de régulation, veut aussi développer ceux de domination et insuffler une nouvelle direction à Ma Vie.
Aimez vous dans la haine s'il le faut, c'est une passion qui plairait à Charlotte, et sera assez complexe et puissante pour séduire Anne aussi, pensez à vous même et à l'autre quand il le faudra. Soyez en paix et ne vous forcez pas, les vrais efforts sont ceux qui sont fournis avec plaisir, et ils ne méritent peut-être plus leur titre mais auront été nécessaire et vous apporterons de la substance pour les prochains à venir. Comprenez ce cycle de la vie, de la nature, où l'on récolte ce que l'on sème, et efforcez vous d'insuffler de bonnes choses, de les préserver, de les maintenir, de les répandre.
Soyez sages maintenant, j'ai besoin de calme.
Je collais ma joue humide à celle (sèche) d'Anne, enroulait mes boucles autour de son chignon serré et posait ma tête sur son épaule jusqu'à ce que la tension de mes cheveux m'engourdisse tellement le crâne que je pus alors sombrer dans mon petit sommeil, bercée du crissement de son écriture. Peut-être prenait elle des notes de toutes ces réflexions, de ces pistes, de ces idées, ou peut-être est-ce elle même qui écrit cette anecdote. Dans ces moments là je ne nous discerne presque pas.
Et c'est toujours lorsque La Maîtresse est si calme ...